Des irrégularités administratives et financières mises en avant
L’opération d’évaluation des partis politiques, menée par le ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD), a mis en évidence plusieurs manquements récurrents parmi les formations suspendues. Parmi les principaux motifs figurent l’absence de documents comptables, le non-respect des délais de tenue de congrès, le défaut de registres d’adhésion et de cotisations, ainsi que l’absence de preuves de leur existence bancaire.
Selon Djénab Touré, directrice nationale des affaires politiques et de l’administration électorale, cette suspension, d’une durée de trois mois, vise à contraindre les partis à se conformer aux exigences légales. Durant cette période, ils sont interdits de toute activité politique et doivent impérativement régulariser leur situation sous peine de voir leur suspension prolongée, voire transformée en dissolution définitive.
Un assainissement nécessaire ou une manœuvre politique ?
Si cette initiative est présentée comme une mesure visant à structurer le champ politique et à garantir la transparence des formations politiques, elle suscite néanmoins des interrogations. En octobre dernier, une première vague de suspensions avait déjà touché une cinquantaine de partis, réduisant drastiquement le nombre de formations politiques actives. Aujourd’hui, avec 75 partis encore autorisés à fonctionner dont 24 sous conditions, certains observateurs s’interrogent sur l’objectif réel de cette démarche.
En effet, la suspension de partis influents comme le RPG et l’UFR, dont les leaders, Alpha Condé et Sidya Touré, sont en exil, pose la question de l’équilibre politique en Guinée. Cette décision intervient dans un contexte où la transition militaire peine à établir un calendrier électoral clair, alimentant les craintes d’un verrouillage progressif du paysage politique.
Une opposition fragilisée
Les réactions des formations concernées ne se sont pas fait attendre. Fodé Baldé, porte-parole de l’UFR, dénonce une volonté du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) de « neutraliser la concurrence politique avant les élections ». De son côté, Joachim Baba Millimouno, représentant de l’UFDG, redoute une stratégie d’éviction progressive des figures jugées gênantes par la junte au pouvoir.
Si le gouvernement insiste sur la nécessité d’une meilleure organisation des partis, les critiques pointent du doigt une possible instrumentalisation de cette régulation à des fins politiques. La transition militaire cherche-t-elle réellement à assainir la scène politique, ou prépare-t-elle le terrain pour un scrutin sous contrôle ?
Un tournant pour la démocratie guinéenne
La suspension et la dissolution de plusieurs partis marquent un tournant dans la transition politique guinéenne. Officiellement, il s’agit d’imposer une meilleure gouvernance aux formations politiques pour éviter un éclatement excessif du paysage électoral. Toutefois, cette initiative s’accompagne d’une reconfiguration politique qui pourrait affaiblir les forces d’opposition et renforcer la mainmise du CNRD sur le processus de transition.
La Guinée se dirige-t-elle vers un cadre politique plus structuré et transparent ou vers une concentration accrue du pouvoir au détriment du pluralisme démocratique ? La réponse dépendra de l’évolution du processus électoral et de la capacité des partis suspendus à surmonter ces obstacles administratifs.
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