Des hausses de loyer insoutenables
Bartholomew Idowu, employé dans le secteur des transports, se voit contraint de déménager après que son loyer a augmenté de 28 %, passant de 350 000 nairas (222 euros) à 450 000 nairas (286 euros). “Je ne sais pas encore où aller avec mes enfants”, confie-t-il. Comme lui, de nombreux Nigérians subissent les conséquences d’une inflation qui, bien qu’en légère baisse (24,48 % en janvier 2025 contre 34,80 % en décembre), continue de peser lourdement sur le coût de la vie.
À Lagos, mégalopole de 20 millions d’habitants, les augmentations touchent aussi bien les quartiers huppés comme Ikoyi et Lekki que les zones populaires du Mainland. Yemisi Odusanya, blogueuse culinaire, a vu son loyer bondir de 120 % après la naissance de ses jumeaux. “Je vais probablement devoir supplier mon propriétaire”, dit-elle, doutant de trouver une offre plus abordable pour sa famille de sept personnes.
Déménagements forcés et changement d’école
Face à ces hausses incontrôlées, de nombreux habitants sont contraints de déménager, souvent au détriment de leur cadre de vie et de leur activité professionnelle. Jimoh Saheed, coach sportif, a dû quitter son studio à Ikoyi après un doublement du loyer. En s’installant dans un quartier moins cher, il s’est éloigné de ses clients et a dû changer d’école pour ses enfants. Mais fin 2024, son nouveau propriétaire a encore augmenté le loyer de 25 %. “Cela m’affecte émotionnellement, mentalement et même physiquement”, déplore-t-il.
Un marché immobilier inégal et une réglementation inefficace
Bien que les avocats rappellent que les hausses de loyer doivent être négociées, les litiges entre locataires et propriétaires se multiplient. “Les lois sont rarement appliquées sans la menace d’un procès”, explique Me Valerian Nwadike.
Le problème est aussi structurel. Lagos attire une grande partie des emplois du pays, ce qui entraîne une demande constante de logements. Pourtant, malgré la multiplication des chantiers, la majorité des nouvelles constructions sont destinées à une clientèle haut de gamme. “Le marché immobilier est biaisé : l’offre croissante de logements de luxe ne profite pas à la classe moyenne ni aux travailleurs pauvres”, analyse Steve Onyeiwu, économiste.
L’amélioration des transports publics, comme la nouvelle ligne ferroviaire Lagos-Ibadan, pourrait à terme soulager la pression foncière. Mais pour l’instant, “il y a un effet boule de neige sur les prix”, estime un responsable de la société Island Shoreline.
“Un bon logement est essentiel pour chaque individu, pas seulement pour les riches”, rappelle Ismail Oriyomi Akinola, agent immobilier à Lagos. En attendant, pour de nombreux habitants, l’accès à un logement décent devient de plus en plus hors de portée.
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