Face à l’analphabétisme qui frappe sa région, elle a ouvert, en 1995, cette école destinée aux adultes et aux jeunes n’ayant jamais eu accès à l’éducation. “Les gens voulaient apprendre, sinon ils n’auraient pas continué à venir”, confie-t-elle.
Un nouveau départ pour les laissés-pour-compte
L’établissement accueille notamment des femmes, souvent écartées du système éducatif en raison de barrières culturelles, financières ou des conflits qui ravagent le pays.
C’est le cas de Nisrine Babiker, 39 ans, qui a dû quitter l’école en 2001 après son mariage pour élever ses jeunes frères et sœurs à la mort de leur père. “Mes frères et sœurs ont étudié, et mes enfants aussi, mais pas moi. J’avais envie de retourner à l’école et, après toutes ces années, j’ai l’impression de prendre un nouveau départ”, confie-t-elle.
L’école d’Amna Ahmad est aussi devenue un refuge pour les déplacés du conflit qui ravage le Soudan depuis 2023. La guerre entre le chef de l’armée Abdel Fattah al-Burhane et son ancien adjoint Mohamed Hamdan Daglo, leader des Forces de soutien rapide (FSR), a tué des dizaines de milliers de personnes et déplacé plus de 12 millions d’habitants.
Maria Adam, 28 ans, a fui sa ville natale pour Port-Soudan et trouvé une opportunité inespérée. “Quand je suis arrivée ici, j’ai entendu parler de cette école et je m’y suis inscrite”, raconte-t-elle. “Je veux terminer mes études pour pouvoir aider mes enfants.”
Un combat contre l’effondrement du système éducatif
Le Soudan connaît une crise éducative sans précédent. Selon l’ONU, plus de 90 % des 19 millions d’enfants en âge scolaire n’ont plus accès à l’éducation. Les écoles ont été transformées en abris pour les déplacés, et même avant la guerre, une analyse de Save the Children en 2022 classait déjà le pays parmi les plus à risque d’effondrement scolaire.
Dans ce chaos, l’école d’Amna Ahmad continue de remplir sa mission. À côté d’une élève, une mère assiste aux cours avec son fils, espérant leur offrir un avenir meilleur.
“Voir quelqu’un passer de l’ignorance à l’obtention d’un diplôme universitaire, trouver un emploi et subvenir aux besoins de sa famille, c’est ce qui me fait avancer”, explique la fondatrice. Pour elle, ces élèves, autrefois marginalisés, deviennent des “membres productifs et instruits de la société”.
Dans une région où l’éducation est un luxe, Amna Ahmad et son école symbolisent l’espoir. Un espoir fragile, mais bien vivant.
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