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TCHAD : MAHAMAT DÉBY ITNO VERROUILLE LE POUVOIR

Avec la large victoire du Mouvement patriotique du Salut (MPS) aux élections sénatoriales, le président Mahamat Idriss Déby Itno parachève son contrôle absolu des institutions tchadiennes. Trois ans après avoir pris le pouvoir à la suite du décès de son père, et moins d’un an après une élection présidentielle contestée, il domine désormais tous les leviers du pays.
mediaafriquenews Tamtaminfo

Un cycle électoral sans opposition

Le scrutin sénatorial du 4 mars a consacré la suprématie du MPS, qui rafle 43 des 46 sièges à pourvoir par les urnes. À cela s’ajoutent les 23 nominations présidentielles, publiées mardi, qui renforcent encore l’emprise du parti au pouvoir sur la chambre haute du Parlement.

Cette victoire clôt un cycle électoral où l’opposition a été réduite au silence. Depuis la présidentielle de mai 2024, boycottée par les partis contestataires et qualifiée de “non libre, ni crédible” par plusieurs ONG, le MPS s’est assuré une domination totale. Il contrôle 124 des 188 sièges de l’Assemblée nationale, l’ensemble des présidences régionales, et désormais le Sénat.

“Nous consolidons davantage la fondation de notre démocratie”, a estimé le Conseil constitutionnel en proclamant les résultats des sénatoriales. Une vision rejetée par l’opposition, absente de toutes les institutions. “Nous n’accordons aucun crédit à ces élections”, a dénoncé Mahamat Zene Chérif, leader du parti Tchad Uni, dénonçant des “résultats préfabriqués”.

Un pouvoir sans partage

Désigné président du MPS en janvier, Mahamat Idriss Déby Itno s’inscrit dans la continuité de son père, qui avait renversé Hissène Habré en 1990 avant de régner sans partage jusqu’à sa mort en 2021. “Les anciens partis sont tous rentrés dans la majorité, il n’y a plus d’opposition, le MPS a les militants et les moyens, il est seul présent sur l’ensemble du pays”, justifie Aziz Mahamat Saleh, secrétaire général du parti au pouvoir.

Si le chef de l’État a assuré que “le MPS ne saurait gouverner seul”, son remaniement gouvernemental de février n’a pas tenu compte de la main tendue de Success Masra, leader du parti Les Transformateurs et ancien Premier ministre de transition.

Pour le politologue Evariste Ngarlem Tolde, la situation actuelle comporte des risques : “Un président en exercice a besoin de contrôler les institutions pour mener son programme politique, mais avec un tel monopole, on peut craindre une dérive autoritaire.” Une analyse partagée par le constitutionnaliste Ahmat Mahamat Hassan, qui décrit un système où “le pouvoir est conquis par les armes et devient un patrimoine à conserver, avec des mascarades électorales pour donner une illusion de légitimité”.

Un contexte régional explosif

Alors que la scène politique nationale se verrouille, le gouvernement tchadien affirme sa volonté de “renforcer la paix, la réconciliation nationale et la sécurité”. Une priorité dans un contexte régional marqué par la guerre civile au Soudan, la menace jihadiste de Boko Haram et la résurgence des rébellions tchadiennes.

Mais l’opposition redoute un regain de tensions internes. “Cet habillage électoral ubuesque risque d’entraîner des hostilités militaires”, avertit Max Kemkoye, porte-parole du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP).

Le retrait des forces françaises, obtenu en janvier, a changé la donne sécuritaire. Désormais, N’Djamena resserre ses alliances avec d’autres partenaires, notamment les Émirats arabes unis, la Turquie et la Hongrie. Un repositionnement qui pourrait redessiner les équilibres politiques du pays dans les mois à venir.

Par Raissa Moubecka Pour MEDIA AFRIQUE NEWS
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