Dans un communiqué, l’ANC a exprimé son opposition catégorique :« L’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) exprime son rejet ferme et délibéré des élections sénatoriales annoncées par le gouvernement. Les dernières élections législatives et régionales ont été entachées de fraudes massives et d’irrégularités graves. En l’absence de garanties de transparence, d’indépendance et d’équité, il est évident que ces élections ne pourront être qu’une nouvelle mascarade. »
Cette position est partagée par la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP), un regroupement de partis d’opposition et d’organisations de la société civile. La DMP a également annoncé jeudi son intention de boycotter ces élections, dénonçant une tentative de verrouillage du pouvoir : « Ces élections sénatoriales s’inscrivent dans la continuité d’un processus de coup d’État constitutionnel en cours », a déclaré le collectif dans un communiqué.
Un Sénat contesté dans un régime parlementaire imposé
Le Sénat togolais, institué par une révision constitutionnelle en 2002, n’a jamais été mis en place jusqu’ici. Selon l’ordonnance publiée le 3 décembre dernier, la chambre haute sera composée de 61 membres, dont 41 élus par des représentants des collectivités territoriales et 20 désignés par le président du Conseil.
Ces élections interviennent dans le cadre d’une réforme institutionnelle majeure. La nouvelle Constitution togolaise, adoptée par les députés en avril 2024, instaure un régime parlementaire en abolissant l’élection du président de la République au suffrage universel. La fonction présidentielle devient honorifique, tandis que le pouvoir exécutif revient au président du Conseil, issu du parti majoritaire à l’Assemblée nationale.
Cette réforme, soutenue par l’Union pour la République (UNIR), le parti au pouvoir, est vivement critiquée par l’opposition et la société civile. Pour ses détracteurs, elle n’est qu’un moyen pour Faure Gnassingbé, président en exercice et chef de l’UNIR, de rester indéfiniment aux commandes.
Un pouvoir hégémonique au cœur des tensions
Faure Gnassingbé dirige le Togo depuis 2005, succédant à son père qui avait régné pendant 38 ans. Lors des élections législatives d’avril 2024, son parti, l’UNIR, a remporté 108 des 113 sièges de l’Assemblée nationale, consolidant son emprise sur les institutions.
Cette domination politique suscite des inquiétudes. L’opposition dénonce un processus biaisé et accuse le régime de réduire les espaces démocratiques. La nouvelle Constitution, qui fait l’impasse sur l’élection présidentielle au suffrage universel, est perçue comme une stratégie visant à maintenir Faure Gnassingbé au pouvoir à travers des mécanismes parlementaires contrôlés.
Un contexte de méfiance généralisée
Le boycott des élections sénatoriales par l’opposition reflète une méfiance croissante envers les institutions togolaises. Pour l’ANC et la DMP, ces réformes s’inscrivent dans une logique de confiscation du pouvoir au détriment de la volonté populaire.
En attendant le scrutin du 2 février, l’opposition reste déterminée à contester un système qu’elle juge antidémocratique. La tension politique, déjà palpable, pourrait s’accentuer dans les semaines à venir, alors que le pays semble s’enfoncer dans une crise de gouvernance aux répercussions incertaines.
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