Une audience sous haute tension
Dans une salle d’audience bondée, l’atmosphère était électrique, selon une journaliste de l’AFP. L’avocat et militant Ayachi Hammami, l’un des accusés, a immédiatement dénoncé “une mascarade”, refusant de participer au procès. Pendant ce temps, des proches des prévenus brandissaient leurs portraits en scandant des slogans contre une “justice aux ordres”.
L’absence des accusés détenus a renforcé la tension. Les autorités judiciaires ont décidé qu’ils comparaîtraient par visioconférence, une mesure vivement critiquée par la défense. “Aucun des avocats n’a accès au dossier complet”, a dénoncé Me Abdelaziz Essid, appelant le juge à “mettre fin à cette folie”.
Des figures emblématiques poursuivies
Parmi la quarantaine de personnes poursuivies figurent des responsables politiques, des avocats, des entrepreneurs et des journalistes. Ils sont accusés de “complot contre la sûreté intérieure et extérieure de l’État” et d’“adhésion à un groupe terroriste”, des charges passibles de lourdes peines, voire de la peine capitale.
L’affaire repose notamment sur des contacts jugés “suspects” entre certains mis en cause et des diplomates étrangers. Pour Jawhar Ben Mbarek, juriste et opposant actuellement en détention, ce procès est un “harcèlement judiciaire”, visant à “éliminer méthodiquement les voix critiques”.
Une répression grandissante
Depuis que le président Kaïs Saïed s’est octroyé les pleins pouvoirs à l’été 2021, opposants et militants des droits humains dénoncent une régression des libertés en Tunisie. “C’est un procès injuste contre des personnalités en vue”, a déclaré Ahmed Néjib Chebbi, chef du Front du salut national, principale coalition d’opposition. “S’opposer au pouvoir en place n’est pas un crime, c’est un droit”, a-t-il rappelé.
Son frère, Issam Chebbi, chef de parti, fait partie des accusés détenus. Pour Me Samir Dilou, ce procès est un “complot du pouvoir contre l’opposition”. La défense dénonce un dossier “vide”, reposant sur des témoignages anonymisés.
Parmi les accusés les plus connus figurent l’ancien responsable du parti Ennahdha Abdelhamid Jelassi, les militants Khayam Turki et Chaïma Issa, l’homme d’affaires Kamel Eltaïef et l’ex-députée féministe Bochra Belhaj Hmida. Le philosophe français Bernard-Henri Lévy est également cité dans l’affaire.
Kaïs Saïed inflexible
Plusieurs opposants avaient été arrêtés lors d’un vaste coup de filet en 2023. À l’époque, Kaïs Saïed les avait qualifiés de “terroristes”. Dimanche, lors d’une visite dans les rues de Tunis, il a réaffirmé qu’il n’intervenait “jamais” dans les affaires de justice, assurant que les poursuites en cours relevaient du droit commun.
Parallèlement, d’autres opposants ont récemment écopé de lourdes peines, à l’image de Rached Ghannouchi, chef d’Ennahdha et ancien président du Parlement, condamné à 22 ans de prison pour “atteinte à la sûreté de l’État”.
Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme a dénoncé la “persécution des opposants”, estimant que bon nombre d’entre eux faisaient “l’objet d’accusations vagues et larges après avoir simplement exercé leurs droits”. Une déclaration rejetée par Tunis, qui affirme que ces arrestations concernent des “crimes de droit commun sans lien avec une quelconque activité politique ou médiatique”.
Ce procès, suivi de près à l’international, s’inscrit dans un contexte de durcissement du régime tunisien et de remise en cause des acquis démocratiques issus du Printemps arabe de 2011.
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